Mercredi, les corticoïdes administrés dans la perf matinale ont  l'effet escompté. Il est stimulé, dort moins, est plus présent. Je le trouve assis dans son lit. Mais son visage fatigué et surtout la prunelle de ses yeux virent au jaune fluo. Très mauvais signe !

La morphine est mieux équilibrée. Il ne souffre plus qu'à 1 sur une échelle de 10. Ouf, enfin !

Il peut faire ses adieux à deux amis très chers.  Seul avec chacun il est heureux et leur est vraiment présent.

Aux dires de nos filles, il exhorte avec assurance et retrouve une force incroyable quand il s'agit de Mère de Miséricorde. "C'était impressionnant, maman, comme s'il n'était plus malade ! Il écoutait, était attentif, remontrait la direction, recentrait sur tel ou tel point ! En pleine possession de ses moyens... ce n'était plus le même." Ah, quand même, je ne suis pas folle ! Les enfants aussi le remarquent ;  jusqu'au bout, deux choses le dynamisent : nos enfants et la mission.

Grand moment de bonheur aussi : 5 petits enfants viennent le voir avec des dessins et des textes bouleversants et particulièrement clairs, pour certains : (de mémoire, je corrigerai plus tard)  "Si tu è mor che serai très triste." et de l'autre côté de la page : "je serai très, très, très, très triste"

Rendez-vous sur Skype avec son jeune frère. Merci la technologie qui rend l'improbable possible.

Rencontre avec le médecin responsable des soins paliatifs. Echange magnifique avec cette femme profondément ajustée et humaine qui va nous accompagner dans la prise en charge des soins appropriés lors de l'Hospitalisation à Domicile (HAD) que désire Jean-Marc. Elle explique, réexplique, répond à toutes nos questions, n'anticipe jamais. Elle parle devant les petits enfants qui veulent rester sur les genoux des mamans. "Laissez les venir. S'ils sont mis de côté, c'est anxiogène pour eux !"

Dans le dialogue avec J-Marc, elle trouve, face à elle, un homme déterminé, très clair, qui sait ce qu'il veut et ne veut pas. A sa demande : "Vous n'êtes pas anxieux ?" il répond que vraiment non ! Il lui déclare avoir la foi, pas peur de la mort.  "Evidemment, je ne sais pas exactement où je vais mais j'y vais tranquille..."Elle asure que TOUT sera fait pour qu'il ne souffre pas. Que c'est leur priorité. Il la croit. Il a confiance. Le courant passe bien entre eux et avec nos enfants." Amour et Vérité se rencontrent.

Quand elle sort, il dit comprendre seulement maintenant qu'il EST en soins paliatifs ! "Je suis con, hein ?! Je n'avais même pas réalisé que j'y suis déjà !!"

Après notre temps de prière de ce soir, avant de nous quitter, suffoqués, nous l'entendons murmurer, épuisé, les yeux clos et la tête enfoncée dans l'oreiller : "... et merci Seigneur pour cette belle journée !"

Les larmes baignent tous les visages autour de lui...