Texte d'A Dieu que j'ai désiré prononcer le jour de ses funérailles

Marco

            Dimanche dernier quand tu as demandé aux enfants de venir autour de toi car tu pensais partir ce jour là, tu leur as demandé pardon de n’avoir pas écrit ton éloge funèbre.

Cela fait des années que tu dis que l’on s’ennuie dans les enterrements non pas parce que la personne est morte (ce qui est  infiniment triste) mais parce qu’on ne dit que des platitudes sur une existence unique et forcément riche de mille choses  qui ne sont pas évoquées.

Plusieurs prêtres t’avaient pourtant dit que ça ne se fait pas d’écrire son propre éloge funèbre (dont monsieur le curé ici présent), mais pour toi, si "cela ne se faisait pas", ça devenait intéressant ! Donc  tu persistais et signais : « Eh bien moi, je l’écrirai. Et je ferai rigoler le monde car ce jour là, pour moi, ne sera pas triste ! »

Mais tu as été pris de cours par la maladie.

Et quand les médecins t’ont dit que tu n’avais plus qu’une semaine à vivre, tu étais déjà trop fatigué et détaché de tout cela pour te lancer.

Alors dimanche, je t’ai promis que je l’écrirais cet éloge funèbre ! Et que j’espérais que tu ne serais pas déçu !

Oui, je ne veux pas te louper... car le sale tour que tu viens de nous faire, et qui nous laisse tous dans la sidération, vaut bien un ultime règlement de compte !

A ce propos, tu n’es pas sans savoir que j’ai trouvé le lendemain de ta mort, la boite de calissons d’Aix...Calissons ... que tu avais planquée, la protégeant ainsi de ma gourmandise !

Elle est presque pleine… je la mangerai donc… à ta sainteté !!

Mais revenons à notre propos :

Oui, je sais que tu ne m’as pas prise en traître car je t’ai toujours entendu dire que tu mourrais jeune. (Et 60 ans, les petits enfants, c’est jeune pour mourir !)

Je résumerais  ainsi ce que j’ai perçu de toi : de tête brûlée, tu es devenu au fil des ans, cœur brûlant. Brûlant d’un amour que tu recevais d’en Haut  depuis l’âge  de trente deux ans.

Petit, il parait que tu étais du vif argent : courant partout, chantant sans cesse, fan de ballon et les traits si fins que l’on te prédisait une carrière d’homme de lettre. Ce à quoi tu répliquais énergiquement que, non... tu ne serais jamais facteur !

En grandissant, après quelques années d’études studieuses, tu es entré, à Albert de Mun dans une cancritude appliquée : « Ah, Poujade ! En troisième, c’était quelqu’un… dans la cour de récré ! » En effet, champion de baby foot, tu fus aussi imbattable à la pelotte basque (à main nue, s’il vous plait)  qui te faisait tellement gonfler les phalanges qu’il te fallait plusieurs heures de cours, sans prendre de notes, pour te remettre la main en état !

Après une torgnole du Père Derobert ("le fils spirituel" du Padre Pio, lui-même !) qui te demandait si tu voulais vraiment tripler ta troisième, tu t’es un peu repenché sur tes cours. Assez pour passer ton bac, te retrouver en lettres classiques à la Sorbonne, déclamant du Molière ou du Marivaux sur des scènes improbables.

C’est alors que, jeune coq, issu de la belle terre de Corrèze tant aimée, tu rencontras la bourgeoise catho que je suis ; ta vie prit alors, exactement, le tour que tu ne voulais pas !

Mais ce n’est même pas ma faute : c’est celle de ta mère qui a prié pour que je sois ta femme, alors tu vois !!

 La passion aidant, ton idylle sans lendemain  se transforma en mariage à l’Eglise suivi - très vite -  de l’arrivée de 3 merveilleux enfants  que tu as bénis et chéris.

Tu étais alors un  généreux égoïste, intempérant, jouisseur, un paresseux hyper actif, suivant ton bon plaisir et fuyant les contraintes quelles qu’elles soient !

Autant dire... mal barré pour un mariage  au long cours !

Ne supportant aucune routine, assez vite, le mariage ne t’amusa plus, et alors… alors, comment te tirer de ce mauvais pas ?

Te disant profondément athée, révolté par l’Eglise et "bouffe curé" s’il en fut, ce n’est pas par le haut que tu cherchas des solutions.

 Mais…  ton naturel joyeux et optimiste te fit accepter après 10 ans de mariage chaotique, la folle proposition d’une amie devenue très chère à ton cœur. Merci Mamourine ! Tu te retrouvas à Ars, trainé par cette « St Paul en jupon » ; et là, en seulement trois jours, tu te laissas saisir dans les bras d’un  Dieu, Père de tendresse, dont tu témoignas ensuite tout le restant de ta vie.

Deux  guérisons physiques furent quand même nécessaires : celle d’une  arthrose cervicale  ô combien handicapante (tu étais un peuple à la nuque raide à toi tout seul !),  puis celle de tes genoux, car n’est-il pas dit que  « tout genou fléchira devant Dieu » ? Même les tiens, mon coco !

J’ai eu alors la chance insigne d’assister à cette métanoïa ! La chance aussi que tu retombes en amour pour moi, que tu me rechoisisses et me donnes deux autres filles à aimer.

Notre aventure avec Mère de Miséricorde date de ce temps là et elle t’a profondément  transformé au long cours.

Toi qui aimes tant la gent féminine (!) tu fus servi, dans les nombreux accueils vécus à la maison et dernièrement, pendant nos Conseils Généraux où nos caquetages de perruches ont quand même fini par te déboussoler. Chapeau les filles !

Certain que la femme n’est pas un homme comme un autre, tu crois en son charisme prophétique, et dans les lycées où tu allais parler d’amour humain à mes côtés, tu rappelais aux jeunes filles la beauté de leur mission, la merveille qu’elles sont et qu’elles ont à révéler à l’homme pour qu’il se découvre lui-même, merveille de Dieu. J’aimais les voir tous relever la tête, émerveillés de se voir si belles, si beaux, dans le miroir de tes paroles et de ton cœur ! De là haut, intercède pour tous ces jeunes !

Chantre de l’amour humain, sans jamais tomber dans une affectivité mêlée de sensiblerie, tu as joui, littéralement, dans ta mission d’écoutant très, très silencieux… Tu as reçu tant de confidences… merci de continuer à porter ces intentions plus près encore du cœur de Jésus !

Depuis jeudi, si tu n’es plus mon époux... tu restes mon frère ! Toi qui fus mon grand amour, mon seul amant, mon principal confident et mon meilleur ami ! Je peux te redire mon admiration devant ton accueil de la souffrance, assumée paisiblement un jour après l’autre.

Tu m’as appris la tendresse et le don de moi-même dans le mariage puis la mission. Merci !

Tu m’as appris que la guérison du cœur ne se trouve qu’en Dieu. Merci !

Tu m’as appris à pardonner et à demander pardon. Merci !

Tu m’as appris à dire « Je », sans condamner l’autre, en face de moi. Merci !

Tu m’as donné de merveilleux enfants,  qui eux-mêmes, aimés de « valeurs ajoutées » formidables nous ont donné les petits enfants que tu as contemplés jusqu’à plus soif. Merci !

 

Ce n’est pas un tiède que Tu as rappelé à  toi Seigneur! Il est certain que tu ne  pourras le vomir !

Alors, quitte à nous l’enlever, prends-le dès ce soir en Paradis avec toi !

C’est notre prière. Tu l’as déjà exaucée. Merci !